L’orme – L’ormeau

L’orme a été pendant longtemps un des éléments majeurs du décor de nos campagnes.

Présent dans les haies en compagnie du frêne et du chêne pédonculé mais aussi dans les espaces boisés de nos vallons, l’orme est un arbre qui affectionne particulièrement les terrains riches, peu acides à texture limono – argileuse.

Souvent traité en têtard, il était apprécié pour la qualité de son bois de chauffage.

La disparition d’un bon nombre de haies suite aux différents remembrements ainsi que la "maladie hollandaise de l’orme" ont beaucoup contribué à retirer cet arbre de nos décors champêtres.

Botanique - Maladie (graphiose) - Utilisation du bois

 

Ces silhouettes caractéristiques ne se voient plus dans nos campagnes de l'Ouest (photo  guide Bordas "Les arbres")

 

 

 

L’orme champêtre : un peu de botanique.

Même si l’on n’est pas un botaniste averti, il est un détail qui permet d’identifier à coup sûr l’orme champêtre : la forme de sa feuille. Celle-ci présente en effet la caractéristique d’être toujours dissymétrique à la base, un côté étant plus développé que l’autre.

L’orme a également une silhouette particulière qui lui est donnée par la disposition de ses rameaux. Ceux-ci sont alternés (sur une tige, un rameau n’a jamais d’autres rameaux en face lui) mais sur un même plan.

L’orme présente enfin un cycle végétatif particulier. C’est un végétal qui fleurit et fructifie chaque année avant de former ses feuilles.
Les fleurs de l’orme sont discrètes, elles apparaissent en avril – mai et donnent un reflet rougeâtre à la silhouette de l’arbre. Le fruit quant à lui ressemble avec beaucoup d’imagination à une petite soucoupe volante. Il s’agit en effet d’une graine légèrement ovale ceinturée d’une membrane. Cette forme permettra une bonne dissémination par le vent.

Nous terminerons cette présentation en précisant que l’orme appartient à la famille des ulmacées. Dans cette famille, on peut citer une espèce inféodée au sud de la France mais dont quelques spécimens sont présents devant la gare de la Crèche : le micocoulier.

 

La maladie hollandaise de l’orme : la graphiose.

Depuis le milieu des années 70, les ormes sont décimés par une maladie vasculaire qui a anéanti en quelques décennies la plupart des arbres de plus de 15 ans.

Cette maladie résulte de l’action combinée de trois acteurs :
L’orme qui est l’hôte et la victime, un champignon le "ceratocystis ulmi " qui est l’agent de contamination et le scolyte qui est un insecte xylophage qui sert d’agent de liaison.
Le scolyte est un insecte inféodé à l’orme. Les scolytes adultes pondent leurs œufs sous l’écorce de l’orme. Une fois éclos, les jeunes larves se développent en formant des galeries et ressortent lorsqu’elles sont à leur tour adultes. Imaginons que ces jeunes larves aient été en contact avec l’agent infectieux "ceratocystis ulmi", il n’en faut pas plus pour qu’elles deviennent à leur tour agent de transport des champignons sur les prochains arbres qu’elles visiteront.

Et la contamination de l’arbre dans tout cela ?

Les galeries des larves évoquées ci-dessus sont très proches des canaux vasculaires de l’arbre où circule la sève, ce qui permet au champignon de pénétrer dans les vaisseaux de l’arbre. Ce dernier, dès qu’il repère la présence de champignon adopte une mesure de précaution qui lui sera fatale. Il multiplie la fabrication de cellules de protection pour circonscrire la zone infectée. En créant ce rempart, il obstrue les canaux et prive de sève la branche située en aval, ce qui provoque son dessèchement.





On peut constater ce phénomène au cours du mois de juin. Dans un premier temps, une branche seule brunit et meurt, l’année suivante d’autres rameaux pourront être touchés, ce qui aboutit en règle générale à la mort de l’arbre.

Détails intéressants : les dépérissements de l’orme apparaissent à la fin du printemps, époque où l’arbre a du consommer toutes ses réserves pour fabriquer ses fleurs, ses fruits et ses feuilles, en fait, il s’agit de l’époque où il est le plus faible.

Un orme malade peut, s’il est coupé au ras du sol, former des rejets sains. Malheureusement ces derniers ne vivront pas, en règle générale, plus d’une dizaine d’années.

Note d’espoir : l’orme a déjà connu dans le passé des maladies au cours desquelles il a été décimé. Malgré tout, il a toujours réussi en s’adaptant à développer des souches naturellement résistantes. On peut espérer qu’il en sera ainsi cette fois encore même si cela demande plusieurs siècles.

Des pépiniéristes français commercialisent depuis une dizaine d’années une variété d’orme "l’orme résista" dont le comportement en laboratoire, vis à vis de la maladie, était satisfaisant. L’expérience prouve malheureusement que "l’orme résista" est lui aussi sensible à la maladie, ce qui déçoit quelque peu les espoirs portés sur cette espèce.

 

L’orme : les utilisations du bois

C’est un bois difficile à fendre et parfois à raboter. Par contre, il se polit bien et reste très stable une fois séché. Les figurations de son bois font qu’il était très apprécié par les fabricants de meubles.

Il a longtemps été le bois obligé de nos escaliers avant d’être remplacé par le niangon.

Parmi les utilisations passées, on peut citer les moyeux de roues, les affûts de canon, les patins de freins, les masses, les poulies, les billots et socles d’enclumes.

Pour l’anecdote, Venise est bâti sur des pilotis d’orme et d’aulne.

Martial HOMMEAU (11/2000)

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